Hier
 
C'est au VIIème siècle qu'une chronique mentionne pour la première fois Epinay à propos de Dagobert qui tomba malade en l'an 638 dans son domaine de Spinoïlum. Formé du latin - Spina, l'épine - ce toponyme qui désigne donc un lieu couvert d'une végétation épineuse, a donné en français d'abord Espineuil puis Epinay. A l'époque, les paysans qui cultivent le domaine sont regroupés autour d'une église dédicacée à saint Médard - évêque de Noyon en Picardie. De ce village, il ne reste plus que l'actuelle rue Saint-Marc et une croix, dans le square du même nom, en rapelle l'existence. A une date inconnue, le village est abandonné et reconstruit à l'emplacement du centre ville actuel.
 
 Ah le petit vin blanc...
Au XIème siècle, Epinay devient une seigneurie appartenant aux puissants seigneurs de Montmorency qui dominent la région depuis leur château. Sa configuration ne va guère se modifier jusqu'au XIXème siècle. Au centre le village groupé autour de l'église, où se discutent, le dimanche après la messe, les affaires de la communauté, avec la grand' rue et quelques ruelles descendant vers la Seine. Autour le terroir : des cultures céréalières, des prés arrosés par un ruisseau, le ru d'Enghien, et des vignes sur l'escarpement dominant la Seine. On récolte un petit vin blanc au Moyen Age, rouge au XVIIIème, écoulé localement ou dans les guinguettes autour de Paris.
 
 Quand Mme d'Epinay reçoit ...
Desservi par la route Paris-Pontoise, Epinay est aussi un lieu de passage : plusieurs auberges- Le "Cheval blanc", L"Ecu de France" - accueillent voyageurs et rouliers ainsi qu'on appelait les charretiers. Les Parisiens se font construire de belles maisons de plaisance au milieu de vastes parcs. Madame d'Epinay, épouse du seigneur du lieu, tenant salon littéraire et correspondance avec la fine fleur du siècle des Lumières, séjourne de 1754 à 1756 dans une maison de la rue du Mont (la rue des studios Eclair). C'est là qu'elle reçoit Jean-Jacques Rousseau, son protégé. De 1762 à 1770, son lieu de villégiature se situe au château de la Briche, où Grimm son amant mais aussi le meilleur ami de celui-ci, Diderot, se plaisent à lui rendre visite. Quelques années plus tard, c'est la "marchande de modes" de la reine Marie Antoinette, Rose Bertin, qui choisit Epinay pour se reposer de ses activités trépidantes dans la capitale. Elle tient en effet boutique rue Saint -Honoré à l'enseigne du Grand Mogol. A Epinay sa maison se trouve rue du Bord de l'eau (aujourd'hui rue Guynemer). Elle y rendra son dernier soupir en 1813. Autre personnalité célèbre à posséder une maison à Epinay, le comte de Lacépède, savant naturaliste, nommé par Napoléon grand chancelier de la Légion d'honneur.
 
 La Buanderie de la Reine
Dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, certaines maisons de plaisance sont reconverties en usine. En 1776, des habitants, écologistes avant l'heure, protestent contre l'ouverture d'une fabrique d'acide sulfurique - on dit alors huile de vitriol - qui doit finalement renoncer. En 1786, dans une propriété de la Briche, boulevard Foch, s'installe une blanchisserie qui emploie 160 ouvrières et traite 5 000 pièces de linge par jour. L'eau est pompée
dans la Seine et chauffée avec des machines à vapeur. Escomptant la clientèle de la Cour, ses dirigeants sont autorisés, par brevet du roi, à l'appeler "Buanderie de la Reine". Il nous en reste un très beau bâtiment, l'Hôtel des Lavandières, qui abrite des bureaux.

A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, la révolution industrielle et l'apparition des transports collectifs modifient la physionomie d'Epinay qui s'urbanise progressivement. Première étape en 1852, la création d'une gare - qui deviendra celle d'Epinay-Villetaneuse - sur la ligne du chemin de fer du nord. Les pavillons fleurissent alors le long de l'avenue Jean Jaurès. Seconde étape en 1900, un tramway qui relie Epinay à la capitale et à la banlieue industrielle du nord. Un habitat pavillonnaire ouvrier se développe le long de l'avenue de la République, du boulevard Foch et de l'avenue Joffre. En 1907 une seconde gare ferroviaire - l'actuelle gare RER - voit le jour à l'ouest du centre ville faisant, là aussi, surgir de terre les pavillons.

 
 Usines et cités-jardins
Peu à peu les cultures maraîchères et les vergers, qui ont remplacé la vigne, cèdent du terrain et l'ancien village devient ville de banlieue. La population d'Epinay passe de 2 500 habitants vers 1890 à 3 000 en 1900 et 6 000 en 1920. Le secteur industriel reste modeste, très diversifié (agro-alimentaire, chimie, mécanique etc.), plutôt concentré près des gares ou le long de l'avenue Foch, au bord de la Seine. Deux entreprises vont connaitre un destin exceptionnel : Eclair (voir la page Epinay ville du cinéma) et les verreries Schneider. Venant de Nancy, où ils ont travaillé à la célèbre verrerie Daum, les frères Schneider reprennent en 1913 une petite verrerie rue Coquenard (aujourd'hui rue de l'Yser), qui va se développer considérablement au lendemain de la premiè
re guerre mondiale. Exportant sa production jusqu'en Amérique, la firme emploie 500 personnes. Les vases, coupes, flacons, luminaires, vitraux, qui sortent de l'usine, bien que produit industriellement, sont tous des créations originales, admirablement représentatives de l'Art Déco. Mais la crise économique des années 30 porte un coup fatal à la verrerie et la production doit cesser en 1935.

La ville s'équipe. 1886 : on construit le premier groupe scolaire à l'angle de la rue Quétigny et de la rue Caquineau. 1904 : on aménage un square dans le centre ville et on agrandit les abords de l'église où se tient le marché, l'actuelle place René Clair. 1908 : la municipalité rachète l'ancien château d'Epinay et y installe la mairie. Vient le temps des premiers logements sociaux : en 1912, un industriel, Willy Blumenthal, fonde la société anonyme des cités-jardins d'Epinay qui construit près de 300 pavillons, une salle des fêtes et un dispensaire, sur un terrain situé entre l'avenue de la République et la route de Saint-Leu. Une autre cité-jardin est créée en 1932 à cheval sur Argenteuil et Epinay, la cité d'Orgemont.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, crise du logement oblige, les derniers espaces agricoles cèdent la place à de grands ensembles immobiliers : Orgemont (1956) les Presles (1964) les Econdeaux (1973). Le centre ville, vestige de l'ancien village, jugé inadapté fait l'objet en 1973 d'une rénovation. La population passe de 16 000 habitants en 1945 à 30 000 au début des années 60 pour atteindre 47 000 aujourd'hui.